Halte en gare spéciale — À l’occasion de la Journée nationale du quart d’heure de lecture, le 11 mars.

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Bonjour les audacieuses, les audacielles, et je vais même rajouter les lectrices, les curieuses, les passionnées de livres… et également celles et ceux qui, a priori, pensent qu’ils n’aiment pas les livres, qu’ils ne sont pas faits pour lire.

Je m’explique dans un instant, mais comme toujours, nous allons commencer par notre rituel du slow train.

🚂 Montez dans le slow train — un moment rien que pour vous

Montez dans ce slow train pour vous détendre, passer un beau moment. Pour cela, choisissez votre endroit préféré : le lieu où vous allez vous asseoir, vous allonger, vous installer confortablement, et pouvoir profiter de ce moment, de cet article.

C’est également un moment pour vous, pour vous détendre. Déposez vos tracas, vos questions, vos to-do lists et autres — et profitez pleinement de ce temps de pause. Profitez aussi de ce que je vais vous partager puis laisser germer doucement en vous l’envie de regarder les livres autrement.

Prenez encore une ou deux respirations pour vraiment détendre votre corps et votre mental. Faites une pause si besoin. Et si vous avez envie d’un rituel plus long, regardez cet article exclusif https://sophieame.ovh/rituel-du-slow-train-5-minutes-de-detente/)

Et sinon… c’est parti pour cette halte en gare très spéciale !

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📚 Osez lire — mais pourquoi exactement ?

Aujourd’hui, c’est encore une halte en gare. Je me suis aperçue que la semaine dernière, cela faisait un mois que j’avais fait ma première halte en gare — donc la semaine dernière vous avez eu la deuxième, et cette fois-ci, je n’attends pas un mois : c’est aujourd’hui que je vous en propose une nouvelle, avec une ode à la lecture pour vous inciter à lire.

Et pourquoi maintenant ? Parce que cette semaine, c’est la Journée nationale du quart d’heure de lecture, instaurée pour inciter les Français·es à lire davantage. Car oui, selon le Centre national du livre (CNL), un dernier sondage révèle que 24 % des Français·es se déclarent non-lecteurs, 52 % lisent moins de cinq livres par an et seulement 16 % en lisent plus de vingt par an. Depuis quelques années, le CNL a donc décidé de dédier une journée entière, le 11 mars, à ce quart d’heure de lecture nationale — car oui, en lisant même un quart d’heure par jour, ou le plus régulièrement possible, cela a de réels bienfaits.

Forcément, en tant que bibliothérapeute, je ne peux que vous inciter, vous encourager — car j’en ressens personnellement les bienfaits. Et c’est vraiment dans cette optique-là que je vous partage cet article. La lecture me permet de :

  • stimuler ma mémoire

  • développer ma concentration

  • enrichir mon vocabulaire — même si j’utilise souvent les mêmes mots à l’oral, la lecture nourrit quand même le vocabulaire, même sans qu’on s’en rende compte

  • entrer dans une bulle, presque comme une méditation, lorsque je suis pleinement absorbée par ma lecture

  • m’offrir de l’évasion quand c’est nécessaire et quand je trouve le livre qu’il me faut.

C’est pourquoi, avec cette halte en gare, cela me tient vraiment à cœur — en tant que bibliothérapeute — d’arriver à vous inciter à tenter, oser, essayer de lire, même quinze minutes par jour… ou déjà quinze minutes par semaine. Essayez, retentez l’expérience et surtout n’hésitez pas à demander de l’aide.

Allez voir les bibliothécaires, allez voir les libraires — oui, même un·e libraire ! Vous pouvez aller les voir, leur poser des questions, leur dire peut-être vos difficultés, le type de livres qui ne vous ont pas plu, l’épaisseur du livre que vous souhaitez ou estimez adapté à vous, le type de personnage, d’histoire, que sais-je. Donnez-leurs des éléments pour qu’ils puissent trouver un livre ou plusieurs livres — et même si vous ne trouvez pas votre bonheur du 1er coup, je crois profondément que oui c’est possible, qu’ils peuvent vous mettre sur la voie de la lecture et vous redonner le goût de la lecture.

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📖 Premier livre : « Grégoire et le vieux libraire » — Marc Roger

Et justement, pour vous démontrer que tout cela n’arrive pas que dans les livres, voici ce premier roman de Marc Roger.

Dans Grégoire et le vieux libraire, Marc Roger nous raconte ce qui se passe entre deux personnages que tout oppose.

D’un côté, un vieux libraire qui se retrouve à l’EHPAD, atteint de la maladie de Parkinson. Il ne peut plus lire. Il ne peut plus profiter de ces 3 000 livres qu’il a ramenés dans sa chambre. De l’autre côté, Grégoire : un jeune homme en échec scolaire, qui n’a pas obtenu son bac, qui déteste lire et qui a de très mauvais souvenirs avec la lecture. Pour lui, c’est impossible — les livres ne sont tout simplement pas faits pour lui.

Alors, si vous vous sentez concernée, comme lui, si vous ressentez cette impression que la lecture n’est pas pour vous, sachez que c’est une impression — votre ressenti suite à une mauvaise expérience mais pas une vérité absolue. Il est vrai que moi j’adore lire et que j’adorais déjà les livres. Cependant, certaines lectures obligatoires à l’école ont failli me dégoûter de la lecture. Heureusement, j’avais déjà mes auteurs favoris, des goûts bien établis, et j’ai pu surmonter cette période difficile.

Donc si vous, vous n’avez trouvé personne pour vous aider, vous tenir par la main — comme ce vieux libraire, ou peut-être une bibliothécaire, une amie, quelqu’un dans votre entourage qui lit et qui pourrait vous conseiller un livre susceptible de vous changer la vie et surtout changer cette impression que vous n’êtes pas faite pour lire. Cherchez cette personne car j’en suis sûre : vous êtes faite, vous aussi, pour lire — mais chacune à sa façon.

D’ailleurs, dans ce livre, Grégoire va découvrir qu’il est extraordinairement doué pour la lecture à haute voix. Or moi, je trouve que c’est l’exercice le plus difficile qui soit. Vraiment lire à haute voix, cela demande beaucoup de pratique, d’être à l’aise, d’oser exprimer sa propre voix devant les autres. Et pourtant, lui va la trouver sa voix… et sa voie. Il va trouver son bonheur, et cela va être un vrai changement dans sa vie. Alors ne croyez pas que cela n’arrive que dans les livres : cela arrive aussi dans la vraie vie et la vie de tous les jours.

Donc essayez, osez, tentez — et surtout, faites comme dans les Dix droits du lecteur de Daniel Pennac : si un livre ne vous plaît pas, si vous n’arrivez pas à le lire ni à le finir, arrêtez ! Ne vous infligez pas ce devoir de lire jusqu’au bout. Vous n’êtes plus à l’école. Lâchez le livre, allez en trouver un autre, redemandez un conseil en expliquant pourquoi celui-là n’a pas fonctionné pour vous — et recevez d’autres suggestions, d’autres possibilités. (rappel que je fais également sur ma page https://sophieame.ovh/la-bibliotherapie/)

J’espère que désormais, vous oserez plus facilement ouvrir un livre. Alors testez ou demandez conseil.

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📖 Deuxième livre : « Compléter les blancs » — Keiichiro Hirano

Ce deuxième livre est d’un tout autre registre. Je voulais vous en parler pour vous montrer comment un déclic peut s’opérer grâce à la lecture et grâce aux synchronicités.

Ce roman de l’auteur japonais Keiichiro Hirano — Compléter les blancs dans sa traduction française — traite notamment des suicides au Japon, où chaque année, plus de 30 000 personnes mettent fin à leurs jours.

C’est un roman à suspense, construit comme une enquête policière avec une profonde introspection rétrospective car le protagoniste tente de comprendre pourquoi il a voulu se suicider alors qu’il se croyait heureux.

Je l’ai lu à un moment très particulier pour moi. Le suicide de ma marraine — ma tante maternelle — était remonté à la surface comme cela m’arrive parfois. J’en profite à ce moment-là pour travailler sur cette thématique. Et j’avais suivi, juste avant de terminer ce livre, une masterclass de Fabrice Midal sur l’enfant intérieur ainsi qu’une masterclass d’Anne Cazaubon. Donc, tout s’est aligné au bon moment pour moi — et des déclics sont venus.

La théorie des dividus ou : nous ne sommes pas seul·e en nous

Vous le savez peut-être : nous avons toutes et tous plusieurs facettes en nous. Keiichiro Hirano les appelle les dividus — et c’est cette dénomination que j’ai adoptée depuis, car elle me parle profondément. C’est un peu comme les émotions personnifiées du dessin animé Vice-versa où plusieurs personnages, plusieurs voix intérieures cohabitent dans un même être.

La facette que tout le monde connaît le mieux et dont on parle le plus, c’est l’enfant intérieur. Mais pour moi, il y a aussi Madame Perfection (ou Ultra-Perfection), la Bosseuse (j’ai eu ma période de vraie dépendance au travail — la work alcoholic, comme on dit en anglais), la Colérique, l’Audacieuse, l’Entrepreneuse… et d’autres encore qui sont venus au fil du temps.

Parmi ces facettes, il y en a forcément que nous aimons moins, que nous avons tendance à vouloir mettre de côté, à ignorer. La Colérique, par exemple, pour moi. Dans mon enfance, quand je me mettais en colère ou que je pleurais, on avait tendance à me dire : « Arrête de pleurer, ce n’est pas beau, ce n’est pas joli, tu vas avoir les yeux gonflés »… Or pour moi c’est une erreur — une erreur que je comprends mieux maintenant. Il faut écouter ses émotions. Savoir ce qu’elles veulent dire. Les prendre en compte. Cela ne signifie pas qu’il faut rester éternellement avec cette émotion, ni que l’enfant a le droit de faire des caprices et d’être tout le temps en colère. Non. Mais pourquoi cette colère est-elle là ? Pourquoi est-elle survenue à ce moment précis ? Ce sont ces questions qui comptent.

Et dans ce livre — je vais un peu vous spoiler la fin, je vous préviens —, c’est finalement ce que le protagoniste découvre avec son thérapeute : ce n’est pas la personne dans sa globalité qui voulait mourir. C’est l’une de ses facettes — l’un de ses dividus — qui allait très mal, qui était en grande difficulté, qui ne trouvait plus la joie de vivre ni la force de se battre. Or nous l’avons toutes et tous, ce dividu fragile, plus ou moins présent selon ce que nous vivons, selon comment nous sommes entourées, selon notre force du moment.

Et c’est là tout l’équilibre, l’harmonie qu’il nous faut trouver. Si l’on est trop dans la méthode Coué — « tout va bien, je vais bien » —, comme je l’ai fait moi-même pendant mon burnout (je me disais : « ok, ça ne va pas fort, je ne dors pas assez, mais c’est juste un mauvais moment, ça va passer »), à force d’essayer de se convaincre que tout va bien, on finit par ne plus entendre ce dividu qui ne va pas bien. On ne l’écoute plus. Et c’est là que les choses peuvent basculer.

Je n’irai pas plus loin dans cette théorie ni dans les déclics qui me sont venus — sinon je vous raconte toute la fin du livre !

Ce que je retiens, profondément, et ce en quoi je suis d’accord avec Fabrice Midal et Anne Cazaubon, c’est qu’il vaut mieux écouter toutes ces facettes — même celles que nous n’avons pas envie d’entendre. La colère, la tristesse, l’impuissance, les pensées sombres… Pas pour les ressasser, pas pour revivre les traumas, mais juste les écouter vraiment : qu’est-ce qu’elles ont besoin de nous dire ? Comment leur redonner le goût à la vie, leur montrer qu’il y a d’autres moments, d’autres possibles ?

La société actuelle a de moins en moins envie d’entendre parler de la colère, du suicide, de la souffrance. On préfère regarder ailleurs. Or, au contraire : prenons le temps de les écouter, sans raviver la douleur ou juste ce qu’il faut pour entendre et comprendre le message derrière. Juste écouter cette impuissance, cette baisse d’envie, cette joie qui s’éteint, pour justement lui redonner l’envie de vivre — de bien s’entourer, de se ressourcer, de prendre soin de soi — pour continuer à avancer avec toutes ses facettes.

Parce que oui, ce serait formidable d’être toujours joyeuse, extraordinaire, formidable, 24h/24, 365 jours par an. Mais je ne connais personne car ce n’est pas la réalité. On peut s’en approcher, on peut viser cet équilibre, idéal, on peut faire en sorte que les bons moments soient de plus en plus nombreux. Et, si vous êtes en ce moment dans un creux, au bord de la dépression, du burnout, ou que vous ayez des pensées suicidaires : faites-vous aider, faites-vous accompagner. Écoutez cet enfant intérieur, ces dividus en vous qui ont mal, qui ont besoin d’exprimer quelque chose. Laissez-vous une chance de vous voir autrement.

Le protagoniste du livre, lui, au moment de sauter, n’a qu’une seule pensée : « Je veux vivre. » Il voulait vivre — mais vivre autrement. Il voulait enlever juste une douleur et pas toute sa vie. À force de se concentrer sur le mauvais curseur, il a failli faire l’inverse de ce qu’il voulait vraiment.

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En conclusion : deux livres, deux visages possibles de la bibliothérapie

Voilà pour cette halte en gare avec ces deux livres qui sont vraiment très différents. Et aussi pour cela que je les ai choisis et mis ensemble.

Ce sont, pour moi, deux visages possibles de la bibliothérapie et de ce que je vis au quotidien : d’un côté, Grégoire et le vieux libraire qui apporte des moments de joie, qui donne envie de lire, de continuer, sans se forcer à tester et expérimenter jusqu’à trouver sa voix et sa voie — sans jamais se dire que c’est trop tard, que c’est fini, qu’on n’est pas fait pour ça.

Et puis, de l’autre, Compléter les blancs de Keiichiro Hirano, qui vient nous interpeller, nous poser des questions difficiles, nous inviter à regarder autrement en nous. (Ici, dans cet exemple, ce personnage qui se suicide et survit se pose ensuite la question : pourquoi ai-je sauté alors que j’étais heureux ? Et la réponse qu’il trouve change tout).

J’espère que comme toujours cet article vous plaira, vous interpellera.

N‘hésitez pas à venir commenter sous cet article, sur Instagram ou dans la communauté : si vous avez lu l’un de ces livres, ou que cela vous a interpellée, je serai ravie d’échanger avec vous. Je suis particulièrement curieuse de savoir ce que vous avez pensé de Compléter les blancs, ce que vous en avez déduit, quel déclic — ou quelle résistance — vous avez ressenti·e à sa lecture.

Je vous souhaite un magnifique week-end.

Prenez soin de vous — et à la semaine prochaine pour un nouvel article ✨

PS : Si vous voulez écouter cet épisode ou le réécouter, vous le pouvez sur votre plateforme préférée (Apple Podcast, Goodpods, Amazon Music, Castbox, Spotify, Deezer, YouTube https://youtu.be/PSaee34Tlwc…) en tapant « Osez une autre voie ». Bonne écoute.

PSS : transcription de l’audio avec l’aide de l’IA que j’ai ensuite corrigée.

Une réponse

  1. Et cette année, je vous propose un 3ème livre avec « La très catastrophique visite du zoo » de Joël Dicker dans un genre totalement différent. Et en même temps, il l’a écrit c’est « un livre qui pourrait donner envie de lire, de faire lire, sans distinction ». Et je suis totalement d’accord, petits et grands, essayez; osez car vraiment il est très joyeux et facile à lire.

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