Introduction : bienvenue dans cet article spécial lié au Podcasthon 2026

Sophie : Bonjour les audacieuses et les curieuses, et aussi bienvenue aux lectrices et lecteurs qui sont venus ici peut-être via le Podcasthon. Et qu’est-ce que c’est le Podcasthon ?

C’est à l’initiative de 2 Français qui ont voulu, pendant une semaine, grâce aux podcasts existants, mettre en avant une association à but non lucratif. Cette année, cette mise en avant se fait du 14 au 20 mars, et il y a déjà plus de 2 500 podcasts d’inscrits, donc plus de 2 500 associations qui seront à l’honneur et qui seront présentées dans 65 pays.

Pour moi, c’est la première fois, et j’en ai profité pour choisir l’AFB, l’Association Francophone de Bibliothérapie, car je suis bibliothérapeute (cf ma page https://sophieame.ovh/la-bibliotherapie/), et j’avais envie de mettre en lumière cette association peu connue. Elle mérite selon moi, d’être connue et reconnue par tout le monde.

Et pour cela, j’ai demandé a deux invités, membres du comité de cette association, Claire Bascou et Pierre Druart, de venir vous expliquer ce qu’est l’AFB, quand la bibliothérapie se structure, se développe et se diffuse au plus près des besoins et des publics.

Vaste sujet donc aujourd’hui il n’y aura pas de rituel du slow train pour les habituées, afin de laisser plus de place à nos deux invités pour justement en savoir plus sur cette magnifique association. 

Sophie : Bonjour Claire, bonjour Pierre, comment allez-vous ?

Claire : Bonjour Sophie,

Pierre : Bonjour.

Présentation des invités

Claire Bascou : de l'avocate à la bibio-dynamie

Claire Bascou, coprésidente de l'AFB et créatrice de la Bibliodynamie

Sophie : Toi Claire, tu es déjà venue, donc je commence par toi, est-ce que tu peux te présenter ?

Claire Bascou : Oui, déjà merci et un grand merci Sophie pour nous inviter aujourd’hui, parler de l’AFB, cela représente beaucoup pour nous, et comme tu le disais, j’ai eu le plaisir de me présenter plus longuement dans un précédent échange avec toi, puisque nous avons fait un épisode sur mon profil, mon parcours et la bibio-dynamie (article que vous pouvez retrouver ici : https://sophieame.ovh/la-biblio-dynamie-quand-laccompagnement-fait-des-textes-des-leviers-de-mouvement-et-de-mieux-etre/).

Pour situer brièvement mon parcours pour les auditrices et les auditeurs d’aujourd’hui, je viens du droit, j’ai exercé comme avocate avant de choisir, il y a six ans, de réajuster mon parcours vers les sciences humaines, et de cette traversée, rythmée par plusieurs temps de formation, est née la bibio-dynamie en 2022. La bibio-dynamie, c’est une méthode que j’ai créée et qui relève de la pratique bibliothérapeutique dans son courant développemental et créatif, et qui consiste à faire du texte et de la médiation professionnelle une force capable de remettre une vie en mouvement.

Voilà pour le parcours personnel de ma pratique, et aujourd’hui je suis particulièrement heureuse et fière de parler de l’Association Francophone de Bibliothérapie, puisque j’ai rejoint l’association en 2022 et en 2024 j’ai initié et organisé les premières rencontres des membres à Lyon. Puis, j’ai intégré le comité par la suite, et dernièrement en 2025, j’ai été élue coprésidente. Donc, c’est une belle histoire avec l’AFB.

Et pour rentrer dans la matière et le sujet, l’AFB c’est une association vivante, exigeante, portée par des professionnels aux horizons variés. Par exemple, au sein du comité, nous avons un éducateur spécialisé, un ingénieur social, une médiathécaire, une infirmière spécialisée en santé mentale et psychiatrie. Nous formons vraiment une équipe soudée et profondément complémentaire. Aujourd’hui, je suis vraiment ravie d’avoir Pierre à mes côtés pour représenter l’AFB avec moi, qui est membre du comité et aussi référent handicap de l’AFB.

Claire Bascou : ⁠La Biblio-dynamie – Par Claire Bascou⁠ ou  https://www.instagram.com/labibliodynamie/?hl=fr

Pierre Druart : entre littérature, travail social et bibliothérapie spécialisée

Pierre Druart membre du comité de l'AFB et co-auteur de livre jeunesse

Pierre Druart : Bonjour à tous, merci Sophie pour cette invitation. Effectivement je suis membre du comité de l’AFB depuis quelques années déjà. Moi, j’ai un parcours qui est assez diversifié aussi, et je rejoins Claire dans le côté un peu plus pluridisciplinaire du parcours. A la base, je suis issu d’études littéraires, je suis également chroniqueur littéraire depuis 14 ans en partenariat avec des maisons d’édition, et depuis peu j’ai été publié en littérature jeunesse avec un livre écrit à quatre mains avec une amie. J’ai aussi un cursus en sciences humaines et sociales, une formation en travail social et un parcours professionnel d’éducateur spécialisé, essentiellement dans le champ du handicap, que j’ai complété d’un double cursus universitaire d’ingénieur social. Aujourd’hui, je suis ingénieur social, formateur, conférencier et je fais ce qu’on appelle de la recherche action. Il y a vraiment eu un vrai croisement entre cette dimension littéraire et cette dimension sociale et médico-sociale assez tôt, c’est-à-dire que dès mes études d’éducateur spécialisé, dès mes premiers stages, j’ai voulu utiliser le livre et la littérature comme des supports de médiation, comme levier à l’accompagnement.

J’ai fait de la bibliothérapie mon sujet de mémoire de fin d’études d’éducateur spécialisé, alors qu’à l’époque il y avait peu de choses sur le sujet en France. On était en 2011 et je crois que le livre de Régine Detambel n’était même pas encore paru à ce moment-là. C’est une pratique qui est devenue vraiment un de mes fers de lance, en la pratiquant exclusivement à destination de publics en situation de handicap ou qui présentent ce qu’on appelle des besoins spécifiques, ce que, moi, j’appelle de la bibliothérapie spécialisée.

Depuis, je porte des projets d’inspiration bibliothérapiques en établissement social et médico-social, avec des projets qui, depuis 2018, pour beaucoup, ont été cofinancés par la Direction régionale des Affaires culturelles et l’Agence régionale de santé qui rentrent vraiment dans cette notion de santé culturelle qui est de plus en plus mise en avant.

J’ai aussi un cursus en école de psychanalyse très axé sur le transgénérationnel. Et c’est une école où j’interviens aujourd’hui, dans le cadre d’une formation co-construite avec une collègue, et c’est une formation qui utilise aussi le support de l’écriture et de la littérature pour travailler sur l’élaboration du récit familial. Voilà, il y a toujours eu, chez moi, cette imbrication entre l’accompagnement et le littéraire. Et j’ai rejoint l’AFB en 2022 et le comité en 2025.

Pierre Druart : ⁠https://books-tea-pie.blogspot.com/

⁠https://fr.linkedin.com/in/pierre-druart-b02481273

⁠https://www.geneapsy.net/animateur-d-ateliers-d-%C3%A9criture-g%C3%A9n%C3%A9apsy

 

Sophie : Bravo et merci pour vos deux présentations, vos belles expériences et la variété de vos parcours. Merci beaucoup.

L'AFB : histoire, chiffres et ambition francophone

Sophie : Et maintenant, Claire, est-ce que tu peux nous en dire plus sur cette association, l’AFB, l’Association Francophone de Bibliothérapie ? En commençant par son histoire et avec quelques chiffres si possible.

Claire Bascou : Oui, bien sûr. L’Association Francophone de Bibliothérapie est née en 2020 à l’initiative d’Arnaud Demaison. A l’époque, il est agent public territorial et suit un cursus universitaire en psychologie. Il crée l’AFB avec une intention simple mais forte, c’est-à-dire réunir les praticiennes et les praticiens de la bibliothérapie pour échanger sur une pratique émergente, tisser du lien et répondre au plus près des réalités du terrain en la matière.

Très vite, l’association prend une orientation structurante. C’est important de le dire tout de suite. D’ailleurs, j’aimerais revenir sur le terme de « francophone » et non pas « française », qui est déterminant puisqu’il ouvre l’espace. Au sein de l’association, il y a plusieurs cultures et une langue commune ce qui a permis d’aborder la pratique au-delà des frontières et de créer des échanges très riches. Pour exemple, récemment, avec le Liban, nous avons accompagné une soutenance de mémoire en lien avec l’Association libanaise pour le développement de la psychanalyse et avec le professeur Antoine Al Chartouni, qui est vraiment un référent en la matière et dont il est surtout très porteur.

Pour les chiffres, aujourd’hui, on compte 91 membres répartis dans neuf pays. Et, pour les citer, parce qu’ils sont tous d’importance égale : la France, Haïti, le Liban, la Belgique, le Canada, la Suisse, la Tunisie, le Maroc et le Portugal. Et ce que cela dit au-delà des chiffres, c’est que la bibliothérapie francophone cherche à se construire collectivement et à être reconnue internationalement. J’aime bien dire que l’AFB, c’est un foyer, un foyer de co-construction et de structuration. C’est vraiment un lieu où nous travaillons, et vous le savez tous les deux, à ancrer la pratique dans une exigence éthique solide pour permettre son développement et son rayonnement, mais sans la diluer et dans une forme de pérennité. L’AFB, ce n’est pas une vitrine, c’est un espace d’élaboration.

Déontologie, éthique et pratiques au sein de l'AFB

Sophie : Merci beaucoup Claire. Et maintenant, est-ce que tu peux nous en dire plus justement sur la déontologie, qui est une base importante pour la bibliothérapie ainsi que sur les pratiques qu’il y a désormais ou à venir au sein de l’AFB ?

Claire Bascou : Oui, la déontologie est importante au sein de l’AFB depuis 2020. Quand on parle de bibliothérapie, on parle de livres, on entend le mot « biblio » mais surtout de relations. Et dès qu’il y a relation d’accompagnement, il doit y avoir un cadre éthique solide. À l’AFB, nous avons une charte déontologique inspirée de celle de la psychanalyse et de l’art-thérapie. Ce n’est pas pour faire institutionnel, c’est pour protéger à la fois les personnes accompagnées et la pratique elle-même. C’est important de le dire, parce que d’abord, être professionnel de bibliothérapie, ce n’est pas simplement aimer les livres ou proposer des lectures ou analyser des textes. C’est avoir une formation théorique et pratique pour comprendre les mécanismes psychiques, la symbolique et les dynamiques relationnelles. Puis c’est continuer à se former, parce que l’humain évolue, les savoirs évoluent également, et notre responsabilité aussi.

Et pour cela, au sein de l’AFB, nous proposons quatre formes de rencontres, c’est-à-dire quatre espaces d’échanges, dont l’intervision et la supervision. Et à ce sujet, je te laisse la place, Pierre, pour que tu puisses développer ces deux concepts phares au sein de l’association.

Intervision et supervision : deux piliers complémentaires

Pierre Druart : Quand on parle d’intervision, on va être plutôt sur un temps d’échange et de communication entre pairs car il y a vraiment un pied d’égalité. On pourrait presque parler de « pair-aidance », dans une certaine mesure où en fait les professionnels, dans cet espace-temps, ils vont évoquer leurs situations, ils vont évoquer des questionnements, ils vont évoquer leurs expériences. On est vraiment dans un espace qui favorise la coréflexion et un soutien mutuel entre les professionnels. On est vraiment sur une dynamique horizontale.

Quand on parle de supervision, on est dans un cadre un peu plus précis. La supervision, elle va être complémentaire à l’intervision. Dans certains milieux professionnels, on peut aussi parler d’analyse des pratiques professionnelles. On est aussi sur un espace-temps d’échange et de remise en question, mais cet échange est guidé et nourri des apports d’un tiers, un intervenant qui est formé. Et c’est cet intervenant qui apporte un regard extérieur nourri d’éthique et de déontologie, toujours sans jugement. C’est une pratique qui est fortement recommandée dans les métiers de la psychothérapie et de la psychanalyse, et auquel cas elle se fait plutôt en individuel. Dans tous les métiers, et en tout cas dans les établissements, qui accompagnent du public et qui relèvent de l’éducatif, du social, du spécialisé ou du médico-social, on va plutôt la trouver sous une forme collective et sous l’appellation d’analyse des pratiques professionnelles, et dans ces milieux-là, elle est vraiment obligatoire. C’est pourquoi, c’est vraiment très important car c’est un espace-temps qui permet d’aborder sa pratique, de questionner des scènes ou des situations qui ont pu nous mettre à mal, et de nous interroger, parce qu’on a pu être bousculé. Le regard extérieur permet d’envisager des pistes et des perspectives de réajustement ou d’évolution. On est vraiment sur un espace-temps cadré et sécurisé qui est soumis au secret des personnes qui sont présentes, et l’intervenant n’impose jamais de vérité, et ça me semble important. Il n’arrive pas avec une vérité, une réponse unique. La seule vérité qui a vocation à exister dans cet espace, et avec laquelle les personnes vont repartir, c’est celle qui a émergé pour chacun d’entre eux au fil de la réflexion.

L’intervision existe depuis déjà un moment au sein de l’AFB. La supervision, c’est une perspective. Actuellement, nous sommes en dialogue avec une professionnelle qui est habilitée à superviser des praticiens et des professionnels de l’accompagnement, dans l’idée de se projeter sur un début de supervision dès la rentrée de septembre prochain.

Le formulaire d'adhésion : un acte positionnel, pas administratif

Sophie : Claire, pour ceux qui aimeraient adhérer, comment ça se passe ?

Claire Bascou : Pierre l’a très bien dit pour que ces espaces soient bénéfiques, et qu’il y ait vraiment des interférences et des complémentarités, tout ceci doit se mettre en place de manière réfléchie par le comité, mais aussi par tous les autres membres, et pour qu’on puisse utiliser à juste titre le mot « soin ». Le mot « soin » ne peut être utilisé que parce qu’il y a une éthique forte qui a été validée, pensée, dans un cadre avec une volonté de pouvoir se développer, évoluer et se former, et notre charte, c’est cela, c’est cette colonne vertébrale. Et ce qui vient d’être dit aussi par Pierre a été un vrai point d’appui et d’ancrage pour le comité en ce début d’année, puisqu’à un moment donné, toutes ces réflexions ne pouvaient pas rester théoriques, il fallait les traduire en actes, et c’est ce que l’on a fait, puisque cela nous a conduit à penser et à élaborer un formulaire d’adhésion. Sophie, tu demandais comment on peut adhérer à l’association. On s’est dit, si nous parlons d’éthique, de posture, de responsabilité, alors cela doit apparaître dès l’entrée dans l’association, pas après.

Ce formulaire n’est pas administratif, il est positionnel. Il rend visible notre charte déontologique, notre charte morale, et il invite chacune et chacun à s’y engager en conscience. Pour autant, il ne s’agit pas de dire « voilà la bonne façon de faire, c’est comme ça qu’il faut agir », il s’agit de dire « voilà le cadre que nous construisons ensemble, est-ce que vous vous reconnaissez dans ces valeurs ? » C’est une manière d’éviter les malentendus et les zones floues, car quand une pratique gagne en visibilité, elle peut devenir une mode, attirer des interprétations très différentes. Or, nous, nous ne voulons pas nourrir des pratiques qui pourraient être déviantes ou confuses dans leur positionnement. C’est pourquoi le formulaire permet de clarifier la place de chacun et de chacune, et de protéger les publics que nous accompagnons. Ce formulaire permet de se situer, tout simplement. Nous ne voulons pas devenir une instance qui contrôle, pour autant, nous voulons être un espace qui responsabilise, et cette responsabilité commence dès l’adhésion, tout simplement.

Sachant qu’en plus, Sophie, on a évoqué les deux espaces d’échange, intervision et supervision, mais il y a aussi deux autres temps de rencontres qui font partie intégrante de l’obligation de formation. Ces deux autres formats : ce sont les réunions de l’AFB, qui sont des temps fédérateurs, ouverts à tous les membres, où on y présente les orientations de l’association, des invités inspirants, et aussi des échanges sur les enjeux de la bibliothérapie. Et le quatrième espace, ce sont les laboratoires de projets, ce sont des temps de travail pour celles et ceux qui sont engagés dans des chantiers structurants, je pense notamment à l’ouvrage collectif, les rencontres 2027, ou encore les démarches de reconnaissance institutionnelle.

La bibliothérapie face aux effets de mode et à la simplification médiatique

Pierre Druart : Pour rebondir sur ce que disait Claire à l’instant, sur tout ce qui a été mis en place au sein de l’AFB dernièrement pour effectivement reconnaître une pratique tout en la protégeant, il y a l’intervision qu’on faisait depuis longtemps sans savoir qu’elle se nommait comme cela et les projets de supervision ainsi que le questionnaire à l’adhésion. C’est devenu des nécessités et nous en avons beaucoup échangé au sein du comité dernièrement.

Claire parlait de l’effet de mode qu’il pouvait y avoir autour de pratiques émergentes face à la popularité qu’elles rencontraient. Aujourd’hui, on parle de ce concept de santé culturelle et de droit culturel. La santé culturelle, c’est reconnu par l’Organisation mondiale de la santé, c’est aussi reconnu par la Haute Autorité de santé, et cela vient rappeler enfin la place que la culture peut apporter dans le champ du soin et du prendre-soin. À l’AFB, on distingue souvent les deux, et aussi dans quelle mesure la culture, le culturel, relèvent d’un besoin pour les personnes.

C’est vrai que la communication autour de ces constats va souvent vers une espèce de simplification, voire d’appauvrissement du propos. Et du coup, on peut lire des articles qui en parlent dans la presse et c’est bien parce qu’ils en parlent enfin mais de façon souvent très abrégée, avec des raccourcis et des vrais risques de confusion, ce que moi j’appelle des confusions d’enjeux et de places, voire aussi de réappropriation, dans un contexte où on le sait, on en parle beaucoup et en même temps pas assez : c’est le contexte de désertification médicale, et aussi un contexte où le secteur du thérapeutique est actuellement mis très à mal, où il y a un risque de voir des termes, des pratiques emportées, déformées, modifiées par des praticiens qui ne sont pas forcément cadrés.

On peut lire dans la presse des titres très accrocheurs, voire racoleurs, qui vont dire que l’art, la culture, la littérature soignent. Alors oui, certes, mais attention, comme on le dit, c’est plus complexe que cela même si cette complexité nous semble très importante au sein de l’AFB, parce que la complexité, c’est aussi noble, quelque part.

Boris Cyrulnik, qui est neuropsychiatre, l’a déjà dit parce que cela relève de son expérience personnelle, il l’a conceptualisé et il l’a théorisé. La lecture, cela peut être un facteur de résilience et c’est un facteur de résilience donc cela ne la permet pas à elle toute seule. Tout autour de ça, il y a les autres étayages, la façon dont on la guide, l’aiguille et dont on construit cette pratique. C’est tout l’enjeu de la médiation et la question de la posture professionnelle.

Et comme le disait Claire, l’AFB veut se positionner et dire ce qu’on fait ou ce qu’on ne fait pas tout en construisant un espace où chacun va questionner sa propre pratique. Il n’y a pas l’idée d’aller vers un résultat parfait, mais d’être toujours en questionnement, en tout cas.

Sophie : Merci à tous les deux. On retient bien qu’il y a quatre formats et comme vous le disiez depuis le début, c’est vraiment une co-construction. 

Avez d’autres choses qui vous reviennent pour finaliser sur les pratiques et sur ce qu’on fait à l’intérieur de l’AFB ?

Claire Bascou : Maintenant, il faut nous contacter pour qu’on puisse échanger ensemble. Nous avons pour habitude de dire que l’on se construit collectivement, comme tu le sais, et c’est vrai que la rencontre c’est vraiment notre quotidien au sein du comité. Nous recevons des mails tous les jours, nous sommes vraiment en lien avec les personnes qui sont soit bénéficiaires de cette pratique, soit qui souhaitent se former ou qui ont déjà une pratique professionnelle en lien avec la bibliothérapie. Donc il y a vraiment de la curiosité, du soutien et beaucoup de passion et beaucoup de cœur.  L’idée, c’est vraiment que ce cœur soit mis en avant avec l’idée de structuration.

Retrouvez Le site de l’AFB : ⁠Association francophone de bibliothérapie⁠

Sophie : Alors, c’est fait grâce à cet article et l’épisode diffusé dans plein de pays et disponible bien au delà de la semaine du podcasthon. Je vous demande donc chères lectrices, audacieuses, curieuses de le diffuser auprès de vos proches pour faire connaître l’AFB, pour savoir ce que c’est, qu’est-ce qu’on y fait et surtout n’hésitez pas à poser des questions via la page contact. Je vous mettrai toutes les informations ainsi que les informations de nos deux invités en dessous de l’article pour que vous puissiez les retrouver et en savoir plus.

Les projets en cours de l'AFB

Sophie : Et maintenant, si on parlait des projets en cours, puisqu’on parlait de rencontres? Qu’est-ce qu’on peut dire à nos chers auditeurs et auditrices sur les projets en cours et à venir avec l’AFB ?

L'ouvrage collectif : la bibliothérapie en acte

Claire Bascou : Alors les projets en cours sont au nombre de deux, en tout cas, ceux dont on peut parler aujourd’hui. C’est d’abord l’ouvrage collectif, puisque nous travaillons actuellement sur cet ouvrage comme un véritable laboratoire vivant, c’est-à-dire que c’est un projet qui est coporté avec Axelle Artois déjà, qui travaille en bibliothèque universitaire à Lille, et Pierre qui nous apporte son soutien et son œil attentif.

L’idée est de réunir vraiment autour de ce projet une vingtaine de professionnels qui sont en activité. Notre intention est très claire : nous ne voulons pas inscrire un livre de plus sur la bibliothérapie dans le sens classique du terme, il y a déjà pléthore de références, que l’on trouve plus ou moins dans certaines maisons d’édition, plus techniques ou plus développement personnel, explicatif aussi, tout cela existe déjà. Nous, nous souhaitons proposer autre chose : c’est une véritable traversée de la bibliothérapie à travers des lieux où elle œuvre réellement, on est sur le terrain comme les bibliothèques, institutions, espaces de soins, milieu éducatif, milieu carcéral et aussi à travers des profils singuliers de celles et ceux qui la pratiquent au quotidien.

Autrement dit, nous souhaitons vraiment montrer la bibliothérapie en acte, et pas juste sur le papier ou sur les réseaux sociaux. Parler de bibliothérapie, oui, dans sa diversité et sa complexité, comme on en parlait tout à l’heure, d’une complexité noble qui fait une richesse humaine. Et à ce jour, pour situer un peu le projet, nous sommes vraiment en gestation : la forme reste ouverte et elle se construira en dialogue avec une maison d’édition. Donc livre ou magazine spécialisé, c’est encore la question, afin de trouver le joli petit écrin qui sera juste pour cette polyphonie à laquelle nous tenons.

Pierre Druart : C’est vrai qu’il faut trouver l’éditeur que cela intéresse, et avec lequel on arrivera à faire correspondre une ligne éditoriale avec ces points dont Claire parlait et auxquels on ne veut pas déroger, ça va être un vrai dialogue. C’est vrai que c’est difficile de retenir aujourd’hui l’attention d’un éditeur avec un ouvrage collectif, parce que le format, un contributeur égale un article égale un sujet spécifique pour illustrer un sujet général de fond, va plutôt correspondre à ce qu’on va voir dans les maisons d’édition et les publications très universitaires, très scientifiques, avec souvent, malheureusement, des ouvrages ou des sujets de niche. Or, c’est des formats qui vont peut-être un peu moins séduire des éditeurs généralistes ou grand public.

Et c’est ce constat-là et les premiers retours qu’elles ont pu avoir qui avaient amené Claire et Axelle à envisager une forme un peu plus fluide, un peu plus moderne, calquée sur l’idée de la cartographie. Or, c’est en en discutant que l’on s’est rendu compte que c’est une forme qui correspond aussi à ce que l’on peut voir dans la presse. Et je pense par exemple à des numéros spéciaux ou des numéros hors-série de revues comme Cerveau et Psycho ou Sciences Humaines qui vont articuler, définir et construire une réflexion autour d’un sujet un peu en colonne vertébrale. Et c’est ce qui nous permet, petit à petit, de faire preuve nous aussi de fluidité dans la réflexion autour de ce projet. Et d’envisager peut-être pas un livre au sens strict du terme, mais sous d’autres formes de publications possibles et qui auront la même visibilité.

Le séminaire de Lille en 2027 : vers une ouverture interdisciplinaire

Sophie : Merci pour ces précisions Pierre.

Et maintenant, Claire peux-tu nous parler de ce deuxième rendez-vous puisque l’AFB c’est une bibliothérapie qui bouge et qui reste vivante ?

Claire Bascou : Oui, c’est prévu. Les prochaines rencontres de l’AFB auront lieu en avril 2027. La première édition, comme je l’ai dit, a été faite en 2024 à Lyon. Je les avais organisées, les bases avaient été posées. L’idée lors de cette première rencontre était importante, puisque c’était se rencontrer vraiment, mettre des visages, des voix, des corps derrière nos pratiques et nous rencontrer autour des mots et des sensibilités. C’était important puisque c’était une première étape qui a permis de poser les jalons de la suite.

Et en 2027, nous franchissons une autre étape. Ce ne sera plus simplement des rencontres entre membres, mais un séminaire qui sera organisé à Lille avec une nouvelle référente cette fois-ci, Mélodie Vandepoel, qui est une professionnelle engagée en bibliothérapie jeunesse et qui réside en région parisienne. L’idée, là, c’est vraiment d’ouvrir davantage, c’est-à-dire que les membres, bien sûr, seront présents, mais nous inviterons également des professionnels du milieu médico-social. Pourquoi ? Parce que c’est vraiment ce dialogue interdisciplinaire que l’on souhaite encourager et qui, pour nous, est devenu essentiel, incontournable en tout cas dans notre pratique.

Pour le moment, la problématique et les thématiques sont encore en cours d’élaboration, et c’est volontaire puisque nous voulons que ce séminaire réponde aux enjeux actuels. Donc en 2027, nous verrons, mais nous serons amenés à repenser la posture, à parler de l’éthique, à articuler avec le soin, la santé culturelle qui va elle aussi se développer. Rien n’est figé, tout se construit collectivement. Il y a des réunions trimestrielles sur le sujet, entre les membres engagés dans ce chantier-là. Affaire à suivre !

Pierre Druart : Et puis le format du séminaire qu’évoquait Claire à l’instant permet d’aller vers quelque chose de plus, je ne sais pas si on peut le dire comme ça, « professionnel, professionnalisant », ce qui n’empêche pas du tout qu’il y ait de la liberté dans cet espace-là, évidemment. Le fait d’en parler en termes de séminaire, cela permet aussi d’envisager qu’il y ait des traces qui restent. Moi, par exemple, dans mon milieu professionnel, quand on va à des séminaires ou à des colloques, on a les actes du colloque qui sont publiés derrière, même si c’est une publication avec une distribution qui ne concerne que les personnes qui y ont participé. Il y a une trace qui reste, et c’est vrai qu’on s’est dit que cela pouvait être une idée à retenir, que de pouvoir rassembler toutes les contributions sous forme écrite pour qu’il y ait une trace à conserver au sein de l’AFB, et pourquoi pas au-delà aussi, qu’il y ait cette matière commune qui reste dans l’histoire de l’association et qui soit consultable aussi.

Sophie : Oui, nous sommes dans les livres, avec le pouvoir des mots et garder une trace que ce soit pour expliquer ensuite l’histoire, ou simplement y revenir, pour ceux qui étaient absents ou pouvoir s’y référer car parfois la mémoire nous joue des tours, … C’est vrai que c’est important pour évoluer, s’améliorer, comprendre ce qui s’est passé, s’est dit et se former. Merci. 

Coups de cœur livres : les recommandations de Claire et Pierre

Sophie : Alors, comme tu le sais Claire, quel est le livre qui vous a le plus marqué, et/ou le coup de cœur que vous avez en ce moment, et que vous voulez partager à nos auditeurs et auditrices ?

Claire Bascou : « Paradis inhabité » d'Ana María Matute

Claire Bascou : La dernière fois, Sophie, je t’avais partagé un livre qui m’avait marqué, c’était « Traverser les murs » de Marina Abramović. Cette fois-ci, j’ai eu envie de partager un coup de cœur du moment, je propose Paradis inhabité d’Ana María Matute, je crois que c’est l’un des plus beaux romans sur la perte de l’enfance que j’ai lu. Rapidement, parce que c’est important quand même : la protagoniste est juste sublime, on y suit donc Adriana, une fillette madrilène, en 1936, elle vit dans une famille bourgeoise, froide, distante, comme on peut l’imaginer, et les adultes sont appelés « les géants » et les enfants « les gnomes ». Tout de suite, ça vient poser aussi un esprit un peu fantasque, fantastique, de l’imaginaire, et tout est là dans ce livre : le monde des grands est un monde de conventions, de langages, c’est figé, il y a beaucoup de cruauté, parfois inconsciente, et le monde de l’enfance, lui, il est sensoriel, magique. Ce qui m’a bouleversée, c’est la manière dont Matute démontre que l’imaginaire, ce n’est pas une fuite, c’est une stratégie de survie — on l’utilise aussi beaucoup dans la pratique bibliothérapeutique. C’est-à-dire que la protagoniste, Adriana, survit grâce aux contes, aux odeurs, au goût du thé, au tapis qu’elle a chez elle et qui deviennent des royaumes. Il y a une licorne qui s’échappe d’une tapisserie, bref, elle survit aussi grâce à un personnage assez magnifique, un jeune garçon, un étranger, presque mythique qui a un côté solaire et à la fois fragile. Et pourtant ce roman n’est pas naïf, il dit que l’enfance, c’est aussi un territoire d’exil, puisque l’on est exilé de l’enfance à un moment donné dans notre vie et que la maison natale n’est pas toujours un refuge, que l’amour peut manquer. Finalement on y puise dans ce livre une puissance incroyable. C’est un livre de manière plus générale sur la résilience, mais sans slogan — il n’y a pas marqué « livre de résilience » — c’est beaucoup plus fin, c’est un livre qui murmure que l’imaginaire ouvre des mondes possibles, c’est important de le ressentir, et que même lorsque l’enfance est perdue, quelque chose insiste en nous. Je voulais vous partager ça car il y a une promesse qui résonne : « je reviendrai ». Et peut-être que la littérature c’est cela aussi, c’est la possibilité que ce qui a disparu revienne, simplement parce qu’on ouvre ou on rouvre un livre. Et ça, c’est magnifique.

Sophie : Merci beaucoup, je ne le connais pas, mais j’ai hâte d’aller le découvrir, vraiment tu l’as bien vendu, et ça donne envie, merci beaucoup Claire. Je comprends ton coup de cœur.

Pierre Druart : « Le treizième conte » et « Mon vrai nom est Élisabeth »

Pierre Druart : C’est amusant, parce que le livre dont je pensais parler fait un petit peu écho à ce que vient d’évoquer Claire à propos de Paradis inhabité, que je ne connais pas, mais que je vais m’empresser d’ajouter à ma liste à lire, qui est déjà bien assez grande pourtant.

Je vais parler d’un coup de cœur de longue date, et d’une découverte récente. 

Coup de cœur de longue date, assez irremplaçable, parce que c’est un livre qui a 20 ans, et je crois qu’il m’a profondément marqué. C’est Le treizième conte de Diane Setterfield, qui est un roman vraiment au premier sens du mot romanesque, je pense, qui est un superbe hommage à la littérature gothique anglaise, et qui parle aussi bien, et là on va retrouver, je pense, ce qui allait devenir, mes deux grands centres d’intérêt, les pouvoirs de la littérature sur le lecteur, et donc la bibliothérapie, même si elle n’est pas nommée. Même s’il y a une scène assez drôle, où l’héroïne est dans un état de torpeur, languissante, et où elle finit par aller voir son médecin qui lui fait une prescription de lecture, ce qui, à ce moment-là, est totalement fantaisiste, mais qui peut faire écho à des sujets qu’on aborde aujourd’hui à l’AFB. Ce livre aborde le pouvoir de la lecture sur le lecteur, et aussi le transgénérationnel et la mémoire qui se transmet d’une génération à l’autre, notamment la mémoire traumatique. Un énorme hommage aux œuvres des Sœurs Brontë, de Daphné du Maurier, de Wilkie Collins aussi. C’est vraiment un roman d’atmosphère, avec de très belles phrases que moi je note, et que je réutilise encore aujourd’hui dans ma pratique.

Et le dernier coup de cœur que j’ai eu, parce que j’arrive tous les ans à avoir un gros coup de cœur sachant que quand je parle de coup de cœur, moi j’ai une préférence pour les livres « qui griffent et qui mordent », comme on dit, je ne suis pas très feel-good-book, c’est Mon vrai nom est Élisabeth d’Adèle Yon, pour le propos transgénérationnel, parce que le livre est inclassable, parce que ça se réclame autant du roman que de l’essai, que de la recherche, que de la thèse, et que c’est probablement l’un des témoignages les mieux écrits de ces dernières années, et qui aborde, comme ça a rarement été fait, le poids des non-dits dans une famille. Et c’est un livre qui, à ce titre, je pense, mérite vraiment beaucoup d’attention.

Sophie : Merci beaucoup Pierre pour ces deux livres que tu nous ou me fais connaître parce que moi je ne les connaissais pas.  J’ai hâte de les lire et de les découvrir même si comme toi, j’ai une to-do list de livres à lire, ce n’est pas grave. Je rajoute ces trois livres.

Claire Bascou : Sophie, il faut que tu en rajoutes un autre encore, c’est une actualité.

Sophie : oui complètement, j’allais y venir.

Claire Bascou : Ce sont Les enquêtes des Sœurs Lumière, co-écrites par Pierre, qui est un véritable livre de jeunesse comme on les aime. C’est un premier tome, et il y en aura d’autres pour le ravissement des jeunes enfants. Je pense que c’est important aussi de suivre trois profils féminins différents dans cette thématique et cette période de l’histoire que l’on connaît, mais pas assez et qu’il faut compléter.

Sophie : Complètement.

Pierre Druart : Merci. Merci beaucoup pour le clin d’œil. 

Conclusion : diffusez et rejoignez l'AFB !

Sophie : De belles lectures à venir et qui pourront peut-être être rajoutées à la liste de nos auditeurs et auditrices.

Merci à tous les deux pour cette belle présentation de l’AFB, l’Association Francophone de Bibliothérapie. J’ai été ravie de vous avoir et je savais que vous alliez en parler avec le cœur, avec passion, et parce que les livres ont toujours été au cœur et dans vos vies. Cela fait plaisir et chaud au cœur de partager avec vous cet épisode spécial podcasthon pour faire connaître l’AFB.

Claire : Merci, à très bientôt Sophie

Pierre : Merci beaucoup. 

Sophie : Merci.

Et voilà, chères lectrices et lecteurs, merci pour votre lecture. Bien sûr, comme vous l’avez compris, si vous avez aimé cet article et si vous savez que d’autres personnes peuvent et ont envie de découvrir la bibliothérapie ou l’AFB, l’Association Francophone de Bibliothérapie, n’hésitez pas à le faire suivre, à le partager.

Et bien sûr, comme on le disait, surtout si vous voulez en savoir plus sur l’AFB, prendre contact, même si ce n’est pas pour adhérer, allez-y, contactez-les, envoyez un mail, ils se feront un plaisir de vous répondre. 

Retrouvez Le site de l’AFB : ⁠Association francophone de bibliothérapie⁠

En attendant, je vous souhaite une belle journée, un bon week-end et je vous dis à très vite pour d’autres articles que vous pouvez retrouvez ici : https://sophieame.ovh/articles-bien-etre-femmes-sophieame/

PS : Si vous voulez écouter cet épisode ou le réécouter, vous le pouvez sur votre plateforme préférée (Apple Podcast, Goodpods, Amazon Music, Castbox, Spotify, Deezer, YouTube https://youtu.be/anD0Ih99uD8…) en tapant « Osez une autre voie ». Bonne écoute ! 

PSS : transcription de l’audio avec l’aide de l’IA que j’ai ensuite corrigée.

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