Interview de Claire Bascou par Sophie Ame

Bonjour les audacieuses, comment allez-vous aujourd’hui ?

Aujourd’hui, je suis ravie car je renoue avec les interviews. C’est ma première interview pour 2026 et elle se fait dans le cadre du mois de mars que je dédie aux livres, à la bibliothérapie et à l’Association francophone de bibliothérapie ou l’AFB, (je ferai une autre interview spécifique sur cette association dans le cadre du Podcasthon et qui sortira le 20 mars).

Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous faire découvrir Claire Bascou, bibliothérapeute, co-présidente de l’AFB, l’Association francophone de bibliothérapie, et fondatrice de la Biblio-dynamie. Et cette Biblio-dynamie, j’avais très envie de vous la faire découvrir même si je ne l’ai pas testée. Nous allons découvrir comment l’accompagnement fait des textes des leviers de mouvement et de mieux-être. Alors, pas de rituel du slow train pour accueillir chaleureusement notre invitée du jour, Claire Bascou.

Sophie : Bonjour Claire.

Claire : Bonjour Sophie.

Sophie : Comment vas-tu ?

Claire : Je vais très bien, je suis ravie de pouvoir participer à ce podcast et de pouvoir mettre en lumière une des parties de la bibliothérapie, puisque comme tu l’as si bien dit, j’ai créé la Biblio-dynamie en 2022 et je suis très heureuse de pouvoir partager ce parcours avec vous.

Sophie : Et moi je suis ravie de faire découvrir à mes audacieuses, à mes auditrices, ce parcours, cet accompagnement. Même si je t’ai présentée, est-ce que tu peux te présenter avec tes propres mots ?

Claire : Bien sûr. Claire Bascou, bibliothérapeute. Et j’ai créé la Biblio-dynamie puisque c’est une méthode de bibliothérapie qui permet, comme tu l’as dit aussi, un levier de mouvement, mais aussi d’entrer dans un dispositif particulièrement vivant où le texte agit, où il va pouvoir y avoir des conséquences palpables de ce dispositif, de la puissance du livre qui se développe chez chacune et chacun de manière très individuelle, très personnelle.

Sophie : Justement, est-ce que tu peux, avant de nous parler de la Biblio-dynamie, nous dire comment tu en es arrivée là ? Quel a été ton parcours ? Et comment tu as découvert la bibliothérapie ? Car les audacieuses, les auditrices ont l’habitude d’avoir des parcours différents et c’est pour ça aussi que c’est parfait avec le nom du podcast Osez une autre voie.

Claire : J’ai passé dix ans avant dans le milieu juridique entre mes études et l’exercice de la profession d’avocate. Mes premières années d’expérience professionnelle dans ce milieu ont été très intenses, très éclairantes, mais j’ai rapidement ressenti que je ne pourrais pas évoluer comme je le souhaitais dans ce système pour des raisons toutes simples de rythme et de philosophie de vie. Et donc, dans cette phase de prise de conscience, je me suis replongée dans la lecture et dans l’écriture, et de découverte en découverte, j’ai senti naître une nouvelle vitalité, une force.

J’ai en mémoire d’ailleurs une phrase de Thoreau que j’ai marquée et qui m’accompagne tous les jours, qui disait « Le livre est un passage d’expérience, il ne nous apprend pas à vivre, mais donne envie de vivre autrement, de retrouver la vie comme possibilité ». Ça a été une forme de mantra, mais bien sûr, à cette époque, je ne savais absolument pas comment cela pourrait se traduire par la suite. Donc, ce que j’ai fait, j’ai fermé mon cabinet, j’ai pris la poudre d’escampette. Cette distance-là m’a permis de m’éparpiller, puis de me recentrer. Je pense que c’est une expérience qui a été fondatrice pour la suite.

J’ai beaucoup appris sur moi, beaucoup appris sur les autres, je les ai observés, j’ai vu comment les choses nous reliaient, et je me suis plongée à cette période-là, corps, cœur et âme, dans la littérature et la philosophie. Et j’ai écrit un ouvrage, non encore publié, qui s’appelle Incandescence, sur les dérives de la profession d’avocat, mise en perspective avec les travers de la société contemporaine. C’était quelque chose d’assez décisif dans ma vie.

Et puis, après de multiples expériences à l’étranger, j’ai vécu à peu près un an et demi en van aménagé, nomade, donc, à sillonner les routes de France et d’Europe, et en parallèle, à distance, j’ai suivi une formation à l’INFL (l’école de la librairie, aujourd’hui). Donc, j’ai validé ma formation de libraire, tout en étant active par ailleurs dans le milieu associatif, et c’est à cette période que j’ai découvert la bibliothérapie et rencontré Régine Detambel, qui est autrice et kinésithérapeute, que tu connais. Elle m’a mis le pied à l’étrier à la pratique, puis j’ai continué, et continue encore, à me former en suivant des cours de littérature, des ateliers de psychologie, tout en créant ex nihilo, à cette époque, ma propre méthode de bibliothérapie, en 2022, donc, c’est la Biblio-dynamie, et qui est aussi, pour la précision, le nom de ma micro-entreprise.

Sophie : Oui, effectivement. Wahou, beau parcours, et quelle audace et quel courage, quitter un cabinet, tenter une expérience de nomade, oui, très enrichissant. Et nous avons un autre point commun, puisque j’ai fait la formation à l’INFL aussi, pour être libraire, et finalement, ça ne s’est pas fait, il y a eu un changement, mais cela m’a permis de découvrir, deux ou trois ans après, la bibliothérapie. Et maintenant, est-ce que tu peux nous en dire plus, de comment est venue cette idée de la Biblio-dynamie, comment tu en es arrivée à créer ta micro-entreprise, et à lui donner ce nom ? 

Claire : La Biblio-dynamie, c’est une méthode, c’est-à-dire qu’elle a été pensée à partir d’un apprentissage de base, qui est la bibliothérapie créative, développementale. Et moi, je suis venue la nourrir avec les sciences humaines, et avec un processus que j’ai épuré, que j’ai affiné, au fur et à mesure du terrain, parce que je suis partie de l’idée qu’on entend souvent dire qu’un livre peut changer une vie, et je le crois aussi, bien sûr, mais ce qui m’importe, moi, c’est de provoquer et d’accompagner cette rencontre. La rencontre juste entre un texte, c’est-à-dire des mots, des sonorités, et une personne, et ce qui peut alors s’exprimer via l’écriture, l’image ou la parole. Et c’est à travers ce processus — comprendre, s’exprimer, se transformer — que j’accompagne ce mouvement, l’idée de dynamique intérieure. On ralentit, on laisse résonner un texte, on met en forme ce qui émerge, et puis, peu à peu, quelque chose se déplace.

Et c’est souvent là que le livre cesse d’être un simple objet matériel, pour devenir une expérience vivante, un levier de mouvement et de mieux-être. Et finalement, on se rend compte, peut-être à l’issue de cette activité, que l’expérience avec les individus, femmes et hommes, enfants, personnes âgées, amorce souvent un cheminement de transformation dans la vie, à la fois personnelle comme professionnelle. Il y a une transversalité, les deux sont intimement liés.

Sophie : Complètement, je te rejoins là-dessus. Et justement, tu fais cet accompagnement avec des enfants, adultes, voire des personnes âgées. Comment interagis-tu avec ces différents profils, et peux-tu nous parler des différentes prestations que tu proposes selon ce public ?

Claire : Je suis très investie et engagée auprès de divers publics. Pour moi, je veux rendre cette pratique la plus accessible possible, et j’ai vraiment des accointances particulières avec chaque public. Donc, je propose des ateliers de Biblio-dynamie, soit en individuel, soit en collectif, auprès de divers publics, comme je l’ai dit, enfants, adolescents, adultes, seniors, et j’interviens dans des lieux culturels, privés, et cela peut aussi être en famille. J’ai pu animer un atelier pour enfants, par exemple, pour un anniversaire.

Il y a aussi des structures éducatives et sociales où j’interviens, je pense aux associations, notamment, aux entreprise, et aux Ehpad. A côté de ces ateliers, je développe aussi des formations à la bibliothérapie, à différents niveaux d’expertise. Tout cela se conçoit sur mesure, évidemment. Je suis vraiment en relation, je fais du sur-mesure, car j’ai à cœur d’écouter vraiment le projet et l’aventure que souhaite mener la personne. Et puis, à côté de cela, je propose des conférences immersives et participatives autour de la bibliothérapie et aussi des sujets de société.

Et, ces sujets de société seront toujours abordés à travers le prisme de la Biblio-dynamie, c’est-à-dire la croisée de la littérature et des sciences humaines, la philosophie, la sociologie, la psychologie.

Sophie : J’ai oublié dans ta présentation de dire où tu es et donc jusqu’où tu vas faire tous ces ateliers, ces conférences et autres ?

Claire : Je réside dans le Gard, près de Nîmes. Et peut-être que ça s’entend, ça chantonne parfois à la fin des phrases.

Sophie : Complètement, mais c’est agréable, cela nous remet du soleil, c’est très bien.

Claire : Comme tu l’as compris, je suis une globetrotteuse, ce qui veut dire que je ne suis pas assujettie à un territoire particulier. Je vais là où l’expérience et les personnes ont envie de me rencontrer, où je vois que je peux apporter quelque chose. Donc, je n’ai aucune limite, si ce n’est la langue française, puisque je travaille avec les mots et j’ai une résonance particulière avec cette langue maternelle. Donc, évidemment, tout est proposé en français, même si l’anglais, bien sûr, est peut-être un canal aussi de communication pour exprimer, pour faire partager son activité au-delà des frontières. Mais en tout état de cause, ma pratique se veut en français, donc dans les pays francophones.

Sophie : Super, cela nous laisse une belle opportunité pour celles qui nous écoutent et ceux qui nous découvriront et qui pourront aller voir cette fameuse Biblio-dynamie (lien ci-dessous). Au niveau de tes prestations, j’ai eu un coup de cœur, quelque chose qui m’a beaucoup plu dans le concept, c’est tes séances itinérantes. Est-ce que tu peux nous en parler ?

Claire : Oui, j’ai appelé cela la Biblio-rando. Ce sont des séances de Biblio-dynamie itinérantes, immergées en pleine nature. C’est vraiment une expérience profondément organique. C’est-à-dire que les mots marchent avec le corps, et le corps formule des mots ou transforme ces maux en fin de compte.

L’idée, la conception de ces séances itinérantes, s’est assez vite frayé son chemin dans la construction de ma pratique. Elle rassemble finalement ce qui m’anime profondément, c’est-à-dire le goût de la liberté, le biais de l’émerveillement, et une approche résolument vivante, comme je le disais au début, de la bibliothérapie. Cette démarche est aussi liée, bien sûr, à mon expérience très personnelle, puisque j’ai vécu nomade pendant un an et demi.

Et pour moi, le déplacement a pris vraiment de l’importance, un relief. Ce n’est pas seulement un déplacement géographique. Il a engagé le corps, la pensée, l’élan intérieur, la manière d’être, d’habiter le monde.

Et j’ai ressenti combien le mouvement physique pouvait réaccorder les mouvements intellectuels, sensibles, comme une petite chanson, une dynamique musicale, où les instruments qui nous composent, à savoir le corps, l’esprit, l’imaginaire qui s’orchestrent autour d’un même élan, d’une même vitalité. Et donc, j’ai souhaité faire de cette Biblio-rando le prolongement de mon expérience personnelle, pour ancrer les conditions d’un accord plus juste pour les personnes, entre ce qu’elles pensent, ce qu’elles ressentent, et ce qu’elles vivent au quotidien.

Sophie : J’adore ce concept. Je suis complètement fan, et je suis d’accord avec l’idée du mouvement, et le fait qu’on a besoin de remettre du mouvement, même un petit peu, même pour ceux comme, je suppose, en Ehpad, où là, les mouvements se font beaucoup plus doux, sont parfois douloureux, à faire avec bienveillance et douceur. Mais on le sait, le mouvement est nécessaire pour justement retrouver, déplacer, comme tu disais, des maux, et retrouver une certaine agilité, une certaine souplesse, aussi bien mentale que corporelle.

Claire : Si je peux me permettre de rebondir sur ce que tu as dit, par rapport aux personnes en Ehpad, je pense notamment à deux personnes qui étaient alitées, qui ne pouvaient pas se déplacer, mais qui autour d’une thématique, ont quand même pû faire cette traversée douce, consciente, parce que pour le coup, elles ne cherchaient pas à aller quelque part, mais elles se sont remises en chemin.

Et pour moi, c’était le plus important, d’avoir cette idée de mouvement que l’on peut avoir avec le corps en marchant de pair, mais aussi avec une incroyable possibilité et stimulation de l’esprit qui finalement apaise. Et ça, c’était très important.

Sophie : Complètement, et on le sait, le cerveau ne fait pas la différence entre un voyage, un mouvement qu’on fait à travers notre tête visuellement, en imaginant grâce à tes mots, à ton atelier, et un mouvement réel, de sorte qu’effectivement ces personnes ont pu voyager, non seulement à travers les mots, mais aussi peut-être dans différents univers, dans des paysages qu’elles se sont recomposés, même si physiquement, elles ne pouvaient pas bouger comme elles auraient aimé ou comme elles auraient pu le faire.

Et justement, ces balades, ces randonnées itinérantes de Bibliodynamie, est-ce que c’est pour tout public ? ou pour l’instant, il y a eu un public en particulier qui a été preneur ?

Claire : Ce sont des séances collectives qui nécessitent un groupe de minimum quatre personnes. Souvent, j’ai eu affaire à des clubs de rando dans ma région. C’est vraiment assez aléatoire dans les âges. Il y a des retraités, il y a des adultes, évidemment. J’ai eu une fois des adolescents qui se sont joints à cette échappée en nature, mais c’est assez libre.

La seule chose que je demande, c’est vraiment d’avoir conscience de ne pas avoir de soucis de santé majeurs, auquel cas de m’en faire part. Et à ce moment-là, soit on adapte, soit, bien sûr, je peux proposer d’autres prestations qui pourraient correspondre aussi à des besoins et des élans du moment.

Sophie : Magnifique. Et oui, forcément, la rando, je pense que les randonneurs sont les premiers intéressés. Mais c’est bien, parce que ce n’est peut-être pas forcément des lecteurs à la base. Et du coup, cela permet une rencontre et de mettre les livres à l’honneur dans les randonnées. Moi, j’ai vraiment trouvé ton concept trop bien. C’était vraiment la première fois que j’en entendais parler. Et je me suis dit, oui, c’est une idée géniale.

Claire : C’est très gentil. Merci. Sachant que, comme tu le dis, c’est important de souligner, les personnes qui participent n’ont pas besoin d’être des férues de littérature, puisque nous faisons des lectures introspectives, de l’écriture incarnée autour du vivant, donc le végétal, l’animal. Mais ce sont des activités qui restent originales, accessibles et surtout qui permettent la surprise entre la sémantique, donc la signification de tous les signes, le sens des mots, et les sonorités. Il y a de très agréables surprises et des lâcher-prise avec des émotions très, très belles qu’il faut accueillir et, bien sûr, transformer en belles énergies. Ce sont toujours de très belles expériences.

Sophie : Oui, je me doute. Et justement, quand on vient peut-être avec un peu de cette curiosité et pas forcément en amoureux des livres, juste avec cette curiosité de se dire, tiens, j’aime bien un peu lire ou je lis ou j’aime les mots, selon ce qui qui résonne puis oser franchir ce pas pour découvrir, un son, un autre regard, parce qu’entre quelqu’un qui lit une phrase, qu’il va interpréter d’une façon par rapport à son histoire, cette même phrase va avoir une autre interprétation par rapport à quelqu’un d’autre.

Claire : Oui, tout à fait.

Sophie : Magnifique. Est-ce que tu peux nous reparler un petit peu de tes outils ? Est-ce qu’il y a des choses sur lesquelles tu veux insister pour que les auditrices puissent vraiment se sentir à l’aise et aller, par curiosité, voir un peu plus tout ce que tu permets grâce à tes ateliers et tes conférences ?

Claire : Oui, les outils sont toujours très adaptés. Il y a des outils sélectionnés selon les publics et les thématiques. L’important, c’est d’y retrouver la lecture, l’écriture et d’autres activités créatives qui vont stimuler l’imaginaire pour inspirer, faciliter le geste, c’est-à-dire les mouvements, les prises de conscience, l’expression, et après pouvoir les transformer en action, en décision.

Tout ça, on peut le retrouver, par exemple, avec une composition guidée de micro-ateliers d’écriture. Le design fiction que j’aime beaucoup et que certaines connaissent peut-être, puisque Alain Damasio en est vraiment un inspirateur très connu, notamment dans son livre Les Furtifs.

Le design fiction, juste pour faire une petite pointe de définition, c’est utiliser le récit et l’imaginaire pour explorer des futurs possibles et aider les personnes à se projeter autrement, à changer d’angle de vue, à se déplacer dans la pièce. Ça, c’est quelque chose que j’aime vraiment du fond du cœur, à pouvoir construire et créer à partir de cette méthode. J’utilise aussi les objets, qui sont des médias aussi, comme les livres, des objets qui ont été apportés ou qui se découvrent en séance.

J’utilise les images, puisque je crois profondément aussi à la puissance de l’art-thérapie, à la sculpture, notamment, que l’on peut toucher. J’ai un rapport charnel aussi avec les objets que j’essaie de véhiculer, de transmettre. Et donc, ce sont des pratiques sensibles.

Vraiment, ce sont toujours des outils qui vont venir ouvrir la sensibilité, les horizons, desserrer les peurs, faire des esquisses de manière individuelle et collective. C’est vraiment quelque chose sur laquelle j’aime bien appuyer. C’est qu’on peut cheminer intérieurement et faire du commun également. Ce n’est pas indissociable.

Sophie : J’adore. Tu as parlé du toucher. Oui, c’est aussi une reconnexion avec nos cinq sens, qui souvent sont oubliés. Le visuel est très sollicité. Or de temps en temps, rappeler que nous avons aussi le toucher, l’odorat et dans tes balades, j’imagine, qu’il y a tous ces sens et qu’ils peuvent nous apporter cet imaginaire, réveiller cet imaginaire. D’ailleurs, comme tout à l’heure, on disait qu’il ne fallait pas forcément être des férus de livres. Là, je suppose que c’est pareil. Il y a des personnes qui peuvent se dire, ah oui, mais moi, je n’ai pas d’imagination, je ne suis pas du tout créative. Comment ça va se passer pour moi ?

Claire : Oui, c’est une appréhension qui est récurrente. Comme la bibliothérapie, c’est aussi un cadre posé en entrée. C’est-à-dire qu’il y a un cadre de sécurité, de bienveillance avec ce qui est possible de faire, ce qui n’est pas possible de faire. Et surtout dire, qu’il n’y a pas d’idée de performance. Simplement, il faut se laisser aller à de l’expression, sachant que l’expression, la consigne que je donne en tout début d’atelier, c’est que vous avez toujours le droit de dire ou de ne pas dire. Et tout de suite, cela remet un petit peu en perspective l’idée et le cheminement que l’on peut faire durant la séance.

Sophie : Oui, c’est vraiment cela aussi la bibliothérapie. C’est la bienveillance, c’est oser, voir, avoir la curiosité de tester, d’expérimenter. Mais effectivement, il n’y a aucune obligation derrière. Et si pour X raisons, on n’ose pas, on ne va pas tout dire, peu importe. C’est vraiment toujours dans cette bienveillance et cette douceur que c’est fait pour apporter un mieux-être aux autres et sûrement pas des contraintes supplémentaires.

Claire : Exactement.

Sophie : Est-ce que tu as des choses à nous raconter sur ton actualité ? Est-ce qu’il y a des choses que tu aimerais partager avec nous ?

Claire : Il y a un projet en cours, mais que je n’éventerai pas pour des soucis de co-partenariat avec une personne. Ce que je peux dire, c’est qu’il y aura des surprises au niveau des sens. Tu parlais des sens et je vais explorer avec une merveilleuse créatrice un autre sens avec la bibliothérapie. Je laisse la primeur à mon binôme de le faire sur une autre voie de communication et je te tiendrai évidemment informée.

Pour autant, j’aimerais mettre à l’honneur au moins les participantes et les participants que j’ai suivis. Bien sûr, je pourrais citer des parcours magnifiques et des personnes qui ont vraiment fait un travail considérable et qui ont eu un cheminement de vie assez beau et éprouvant. Mais l’exemple qui m’est venu quand on avait discuté sur ce qui pourrait être dit durant ce podcast, c’est un atelier individuel avec un enfant de 10 ans dans une médiathèque.

Bien sûr, pour la thématique du jour, j’avais préparé tout un déroulé de séance. Mais finalement, une grande partie de cette heure s’est jouée dans l’improvisation. L’improvisation maîtrisée, je m’entends. C’est-à-dire qu’il y a eu une adaptation perpétuelle du moment, des regards, des silences posés et toutes les activités guidées ont été créées sur place et elles ont opéré.

Et sur le pas de la porte, ce qui me reste en tête, c’est qu’en partant, cet enfant m’a souri, c’était déjà beaucoup, il a continué son chemin et s’est finalement retourné pour me dire ce merci que je n’oublierai jamais. Je m’arrête là par pudeur, mais c’était assez incroyable et pour moi, c’est clairement une illustration pure et concrète de ce que permet cette pratique quand un cadre, des textes, des outils adaptés et une qualité de présence se rencontrent, forment un tout. Ce que je voulais vraiment partager, c’est un grand merci aussi aux personnes qui nous font confiance et qui arrivent à en faire quelque chose et c’est tout ce qu’on souhaite.

Sophie : Complètement. J’ai ressenti ton émotion, ce merci. C’est vrai que dans les accompagnements, un simple merci ou un regard particulier et on sait qu’il y a eu quelque chose, que le déclic s’est fait et comme tu dis, c’est vraiment une gratitude immédiate dans cet accompagnement qu’on fait et c’est vraiment très important.

Merci beaucoup pour ce partage. Est-ce que tu as autre chose éventuellement à nous partager avant que l’on conclue cette interview ?

Claire : Peut-être un livre. J’aime bien proposer des références et là, puisqu’on est dans une interview assez personnelle, j’aimerais proposer un livre qui m’a accompagnée dans un moment central de ma vie. C’est un livre qui a joué un rôle important et qui est d’ailleurs habillé de post-it, tatoué de surlignage, de commentaires. C’est Traverser les murs de Marina Abramović.

C’est un récit autobiographique de cette artiste internationale connue pour son art corporel, ses performances assez provocantes et pour moi, il y a l’essentiel dans ces pages. Le corps, l’art, le changement, l’amour, le fait de susciter des questions, de déranger et d’expérimenter. Donc Marina Abramović arrive à se connecter à elle en s’abandonnant aux autres, quitte à pousser l’humanité dans ses plus grands élans de bonté, comme dans ses zones noires de vice.

Et elle flirte avec les lignes du corps, des émotions, de la douleur et même de la fatigue. Et tout cela, elle le fait avec un grand cœur et de l’humour. C’est vraiment une conteuse hors pair. Elle a une grâce fabuleuse, saillante et généreuse, comme j’aime. Et donc elle nous invite vraiment à voir, à ressentir tout ça. A nous redécouvrir à chaque recoin de notre vie, c’est aussi par le biais de textes, de pouvoir s’interroger sur notre rapport à la nature. Elle le fait, elle le propose pour la nature, le sexe, la politique, l’ordre et aussi notre constitution biologique, nos conceptions idéologiques. Donc pour moi, c’est vraiment un grand livre, une représentation de l’art. Et j’irais même jusqu’à dire un puissant art de vivre. Vraiment.

Sophie : merci beaucoup pour ce magnifique partage. En tant que bibliothérapeute, c’est formidable de finir sur cette note et sur ce magnifique livre, qui effectivement est puissant. Et si on ne le connaît pas, c’est l’occasion d’aller le découvrir, d’aller le feuilleter.

Merci beaucoup Claire. Je te remercie pour cette interview et cette première interview 2026. J’ai été heureuse de te rencontrer, de faire cette interview, de partager ta philosophie et cette Biblio-dynamie avec tout ce qu’elle apporte, avec ces leviers, ce mouvement, ce corps, ces sens. Merci pour toute cette richesse et ta richesse du parcours.

Donc, mesdames, les audacieuses, les auditrices, si vous êtes à un moment de votre vie où vous vous posez la question de savoir si vous devez changer, si vous pouvez changer, oui, oui, osez, regardez les différents parcours lors de mes différentes interviews. Et ce week-end, comme c’est la journée mondiale de la femme, Claire, tu seras notre femme inspirante du mois et de ce week-end.

Je te remercie encore pour tout cela et nous te redécouvrirons dans 15 jours lors de l’interview sur cette Association francophone de la bibliothérapie dont tu es co-présidente.

Claire : Un grand merci, Sophie. Merci pour cette belle énergie que tu véhicules. C’est un joli canal de partage. Un grand, grand merci encore.

Sophie : À bientôt. Et comme toujours, chères audacieuses, prenez soin de vous et du temps pour vous.

Voici les liens pour retrouver Claire et la Biblio-dynamie :

 site internet: https://labibliodynamie.fr/
 
PS : Si vous voulez écouter cet épisode ou le réécouter, vous le pouvez sur votre plateforme préférée (Apple podcast, Goodpods, Amazon music, Castbox, Spotify, Deezer, YouTube https://youtu.be/ROlPbO9hfv0…) en tapant Osez une autre voie. Bonne écoute.
PSS : transcription avec l’aide de l’IA puis je l’ai corrigé

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