Bonjour chères audacieuses, comment allez-vous aujourd’hui ?

Aujourd’hui, je vous partage quelque chose de profondément intime : mon expérience avec le livre La nuit au cœur de Nathacha Appanah. C’est pour moi un cri du cœur et un cri d’amour que j’ai envie de vous transmettre.

Je vous demande votre indulgence, car cet épisode est très personnel. Ce livre me touche non seulement en tant que femme, mais parce que j’aurais pu être la quatrième femme de ce livre. Comme Nathacha Appanah, l’autrice, j’ai réussi à échapper à une tentative de féminicide.

Mon histoire : survivre à une tentative de féminicide

Il y a plus de vingt ans, alors que j’étais en Espagne depuis deux ans, j’ai perdu ma grand-mère maternelle soudainement. Je l’avais vue quinze jours auparavant. Heureusement que j’avais maintenu ce rendez-vous, car ma maman venait de faire une énième tentative de suicide et me suppliait de rester avec elle. Je ne pouvais rien faire de plus pour elle. Mais quelque chose – une prémonition peut-être – me poussait à aller voir ma grand-mère.

Ce décès, la distance et les troubles de bipolarité de ma mère me fragilisaient plus que je ne le pensais ou je ne voulais me l’avouer. À l’époque, je n’avais pas conscience de cette fragilité, ni de ce besoin d’affection, de ne pas être seule.

Et c’est comme ça qu’un ami de mon cercle social est devenu mon petit ami. Au début, il me valorisait, me disait des mots gentils, se préoccupait de moi, prenait soin de moi.

L'emprise progressive : reconnaître des signes du manipulateur

Mais au fil des mois – même si ça a duré moins de six mois –, il a commencé à s’embrouiller avec un ami à lui puis avec mes amis, à m’isoler, à me dire de ne plus voir telle ou telle personne. Même si j’ai essayé de les réconcilier, même si j’ai essayé de garder mes amis et les siens, petit à petit, il a quand même réussi à m’isoler.

Et ce que je ne savais pas, ce que j’ai appris après par mes amis, c’est que quand eux ils sortaient de chez moi alors que lui n’était pas invité, ils le rencontraient souvent. Ils l’apercevaient toujours dans la rue. Et même quand j’étais avec eux, des fois, ils se sont aperçus qu’il me surveillait, qu’il était toujours dans les parages. Alors que moi, je n’avais pas du tout conscience d’être surveillée, d’être constamment sous surveillance.

Ces comportements sont typiques de l’emprise psychologique exercée par un manipulateur dans une relation toxique.

Le jour où tout a basculé

Et puis est arrivé ce jour fatidique où il a levé la main sur moi et où je me suis enfuie.

J’ai eu la chance de pouvoir m’enfermer chez moi car nous avions encore chacun notre appartement. Je pensais être à l’abri. Et même si la porte d’entrée était fermée à clé et au verrou, il a réussi à briser le verrou et à l’ouvrir.

Et moi qui étais sous la douche, à ce moment-là, je suis sortie tétanisée parce que je me suis dit que la porte de la salle de bain serait encore moins solide que la porte d’entrée.

J’étais complètement tétanisée. Il m’a attrapée et il a commencé à m’étrangler. Heureusement pour moi, comme je ne pouvais plus bouger ni respirer, j’ai fait la morte. Je pensais ma dernière heure arrivée.

Mais en le regardant, j’ai senti un changement dans son regard, comme un doute. (J’ai compris bien plus tard qu’il m’avait confondue à cet instant avec une autre femme qui l’aurait « trahi ».) Quelque chose venait de changer en lui.

Et là il a lâché sa prise et il est parti.

Donc oui, j’ai eu de la chance, beaucoup de chance. J’ai pu m’en sortir et survivre.

Et si vous venez de fuir ou de survivre à une tentative de féminicide, mesdames, chères audacieuses, gardez espoir. On peut se reconstruire. Même si cela peut-être long.

Le déclic : vingt ans de silence brisés

Jusqu’à ce livre, La nuit au cœur de Nathacha Appanah – que mon amie Pauline, qui est libraire dans les Cévennes, ne m’a même pas recommandé, elle m’en a juste parlé – j’ai eu envie enfin, après 20 ans, d’ouvrir un livre qui ne parlait que de ce sujet.

Je me suis rendue compte que jusqu’à maintenant, je refusais tous les livres qui étaient centrés sur cette problématique. Même dans les films, j’évite au maximum tous ces films qui parlent de ce sujet, du féminicide. Car c’était encore… Même si ça fait 20 ans, même si je me suis reconstruite et que je me suis pardonnée, j’avais encore beaucoup de mal à en parler. Et surtout à ressentir et revivre, à travers d’autres femmes, ce qui m’était arrivé – voire pire pour elles, qui ne s’en étaient pas sorties.

Et j’ai quand même réussi à lire, doucement, tranquillement, ce livre. Et j’ai forcément vu beaucoup de points communs avec ces trois femmes, plus avec Nathacha, puisque comme elle, je m’en suis sortie, je suis toujours vivante.

Je me suis rendue compte qu’effectivement, elle commence dès le début à dire qu’il lui a fallu 20 ans. Et oui, c’est là que j’ai pris conscience que moi aussi, il m’a fallu 20 ans pour prendre la parole, pour oser avoir ce courage.

Pourquoi maintenant ? Pourquoi ce cri d'amour ?

Et aujourd’hui, si je prends cette parole, c’est parce qu’il y a eu un déclic avec cette lecture de ce livre, La nuit au cœur de Nathacha Appanah. C’est que finalement, beaucoup d’épisodes que je vous ai partagés sur l’amour de soi, prendre soin de soi, s’aimer en premier – finalement tous ces messages sont l’aboutissement et m’ont permis de prendre conscience que oui, c’est sûrement une des clés.

Et c’est pour ça que je l’ai appelé ce cri d’amour et ce cri du cœur.

À vous, qui ne vous aimez pas assez

C’est sûrement une des clés pour vous, jeunes femmes, demoiselles en devenir, qui ne croyez pas suffisamment en vous, qui ne vous aimez pas ou pas assez. Si régulièrement, dans vos paroles ou dans vos jugements, critiques sur vous, vous vous dites très, très souvent – même une fois :

  • « Je ne suis pas assez »
  • « Je ne suis pas suffisamment bien »
  • « Je ne suis pas assez aimante, compréhensive… »
  • « Je ne suis pas assez… » Tous les qualificatifs que vous voulez.

Non. Stop.

Vous êtes merveilleuse. Vous êtes absolument suffisante. Vous êtes déjà merveilleuse. Vous êtes déjà des audacieuses, de formidables femmes, parfaites telles que vous êtes déjà.

Un message urgent : la clé que j'ai découverte

S’il vous plaît, si vous lisez cet article, si vous avez la curiosité de tomber dessus, si quelqu’un vous le partage, essayez de le lire.

Et peut-être que c’est le moment justement de lire d’autres livres que moi je n’ai pas eu l’audace ni le courage de lire jusqu’à maintenant sur le féminicide. Même si vous pensez tout savoir, même si on en parle malheureusement beaucoup, on parle surtout des statistiques alors lisez. Lisez pour prendre conscience de ce qui se passe, de comment ça se passe, quelles sont les conséquences.

Et pour moi, une des clés, c’est parce qu’on ne s’aime pas assez soi-m’aime*.

Et si on ne s’aime pas assez, alors on se rend compte, bien après – quand on a la chance comme moi d’y survivre –, qu’on l’a tolérée, cette relation toxique. Oui, je l’ai tolérée car j’estimais mériter cette relation. Car comment quelqu’un peut nous aimer ? Et c’est déjà merveilleux si une personne nous aime, puisque nous, nous ne nous aimons pas ou pas suffisamment.

Ce que j'ai compris sur nous, les femmes concernées

Je me suis rendue compte, avec le livre et de par mon expérience et le recul que j’en ai, c’est qu’effectivement, souvent – et je pense que toutes ces femmes qui malheureusement font partie des statistiques des féminicides, ou celles comme moi et Nathacha qui survivons –, c’est que nous, bien que nous soyons responsables, que nous ayons la volonté d’être fortes, indépendantes, de toujours faire plaisir, de toujours nous remettre en cause, de toujours penser aux autres, de vraiment faire attention aux autres, de prendre soin des autres, d’aller même jusqu’au syndrome de la sauveuse, d’être la bonne élève, d’être toujours dans la perfection…

On ne se sent jamais assez. C’est pour ça qu’on va toujours au-delà. Toujours vers ces belles qualités : la perfection, la responsabilité, l’indépendance, être forte, être toujours présente, être solide.

Et pourtant, on a une blessure interne, invisible, inconsciente, que les manipulateurs ressentent eux parfaitement. Cette fragilité, qui est une belle partie de nous, qui fait qu’on prend soin de soi et des autres sans devenir égocentrique, sans devenir égoïste, ni autocentrée.

Mais comme on n’en a pas conscience, comme elle n’est pas suffisamment conscientisée et trop, trop présente malgré nous, c’est ça que les manipulateurs vont oser, vont utiliser contre nous.

Même s’ils sont pleins de compliments au début, cela s’inverse ensuite et totalement, ce sont les pires ensuite. En vous isolant, quand vous êtes juste en face-à-face avec eux, ils vont retourner cette belle remise en cause, cette belle capacité à s’améliorer, à vouloir toujours plus contre vous-m’aime*. De plus, nous croyons que ce sont les autres qui savent mieux que nous, qui ont le savoir, la connaissance et à qui nous devons le respect.

Malheureusement, ce n’est pas à ces personnes qu’on doit donner notre pouvoir et ces belles qualités, cette vulnérabilité. Au contraire, ils les retournent contre nous. Ils les piétinent. On devient soumise, embringuée. Et on s’isole totalement.

Mon cri du cœur pour l'entourage

Donc mon cri du cœur, mon cri d’amour est vraiment… Si vous faites partie de l’entourage, si vous avez l’impression qu’une amie, une fille, une nièce est peut-être concernée par ce sujet, s’il vous plaît, transmettez-lui cet article ou épisode ou ce livre, ou d’autres livres qui vous ont marquée, qui vous ont plu.

Essayez de discuter avec elles. Même si ce sera difficile. Car elles ne sont peut-être pas prêtes à vous écouter. Elles se sentent incomprises ou suffisamment adultes pour prendre leurs propres décisions.

En tout cas, restez à côté d’elles si vous le pouvez et tant que vous le pouvez. Essayez d’être là, sans les étouffer et surtout sans les juger.

Car j’ai été la première à juger ma mère, une fois qu’elle avait divorcé. Je ne comprenais pas pourquoi elle se mettait dans des relations toxiques pour elle. Jusqu’à ce qu’elle ne prenne plus certains médicaments qui étaient indispensables pour régulariser sa bipolarité. Et comment elle n’arrivait pas à être clairvoyante et à se rendre compte qu’ils la manipulaient. Et ça me rendait malade. Et ça me mettait en colère.

Et finalement, quelques années après, je me suis retrouvée embringuée, moi aussi sous le joug d’une personne.

Comme quoi, ce n’est pas… C’est toujours très facile de l’extérieur. C’est très facile d’avoir un regard très pertinent de la situation quand on est en dehors de cette relation. Une fois qu’on est à l’intérieur de cette relation toxique, même si par moments on sent qu’elle n’est pas bonne, qu’elle n’est pas complètement bénéfique pour nous, (en tout cas moi, j’avais l’espoir que cela changerait, que je pourrai changer la personne, comme je le croyais encore pour ma mère. Je ne savais pas encore et je ne voulais pas croire que seule la personne pouvait décider ou non de changer, qu’elle seule avait ce choix, son choix. Maintenant, je le sais et je le respecte même si parfois c’est encore douloureux de laisser la personne faire le choix de ne rien changer et de rester dans sa relation ou sa maladie ou…), c’est beaucoup plus difficile d’avoir cette pertinence, ce recul pour vraiment prendre la bonne décision.

Et surtout parce qu’ils ont une capacité à nous surveiller, nous harceler, nous maintenir la tête sous l’eau, à nous faire des chantages impressionnants. Surtout, je le vois avec les deux exemples de ces femmes qui avaient des enfants et qui ont pensé d’abord à la sécurité de leurs enfants avant leur propre sécurité.

Donc oui, c’est très difficile de s’en sortir mais c’est faisable.

Et si vous faites partie de l’entourage, restez tant que vous le pouvez, le plus possible présente, à disposition. Même si c’est douloureux et très difficile. Même si parfois vous en avez assez de ses changements, revirements de situations. Essayez de rester le plus possible auprès de ces femmes qui en ont besoin et qui, malheureusement, ne se rendent pas compte encore jusqu’à quel point cette relation est toxique pour elles.

En résumé : trois messages essentiels

Donc si je résume, c’est vraiment pour vous d’abord, mesdemoiselles, chères jeunes filles : aimez-vous. Apprenez à vous aimer le plus possible. Un peu plus chaque jour, un tant soit peu. Aimez-vous.

Pas besoin de le chanter, de le hurler à tout le monde. Et ce n’est pas être égoïste, ni égocentrique, ni autocentrée de se dire que l’on s’aime, que l’on s’apprécie, que l’on a des qualités, que l’on aime une partie de notre corps – ou juste un point de notre corps.

C’est le début. C’est la base. C’est essentiel.

Faites-le, s’il vous plaît. Prenez soin de vous et de cet amour pour vous.

Et restez entourées. Faites confiance à votre entourage, à vos meilleures amies. Même si vous avez l’impression, à un moment donné, qu’elles ne vous comprennent plus, que vous êtes incomprise, suffisamment adulte pour prendre vos décisions : gardez toujours le contact avec un minimum de personnes. Ne restez pas isolées. Ne vous isolez pas.

Se reconstruire après avoir survécu : gardez espoir

Et pour vous, mesdames, si vous êtes en pleine reconstruction : oui, gardez espoir. Vous allez y arriver. J’y suis arrivée et Nathacha aussi.

Alors oui, c’est difficile au début. Cela peut durer pendant de longues années. Mais on y arrive, peu à peu.

Et surtout, faites-vous accompagner. Ne faites pas comme moi, d’attendre et de croire que cela passera tout seul car finalement vous êtes vivante vous (J’avais la barrière de la langue et une mauvaise image et aucune confiance dans les psy.)

Faites-vous accompagner, pas seulement par des psys, pas que par la parole – surtout au début si c’est impossible, difficile, en tout cas pour certaines. Essayez d’autres thérapies qui vont pouvoir vous aider notamment par le corps comme la réflexologie…

Et peu à peu, vous allez libérer la parole. Et vous libérer de cette angoisse, de cette colère, de cette honte, de cette culpabilité, de toutes ces émotions qui vous étouffent. Et vous finirez par vous pardonner.

Car oui, j’y suis arrivée. Je me suis pardonnée et si j’y suis arrivée c’est grâce à un accompagnement combiné réflexologie et psychanalyse car je me suis sentie de suite en confiance et entendue. Et je sais que vous arriverez vous aussi à vous pardonner.

Alors ayez confiance en vous. Reprenez confiance en vous. Aimez-vous, vous aussi, un peu plus chaque jour. Prenez soin de vous et du temps pour vous.

Un message universel : l'amour de soi comme atout

Et quel que soit votre statut, mesdames, mes chères audacieuses – que vous soyez concernées ou pas par ce sujet –, en tout cas, prendre soin de soi, s’aimer, c’est pour moi une base, un essentiel, un indispensable désormais et à faire sans modération.

Et surtout si cela peut éviter certaines situations. Et pouvoir mieux y réagir, mieux prendre soin de soi.

L’amour de soi est votre première protection. C’est votre force. C’est votre atout.

Remerciements

Encore merci, chères audacieuses, pour votre lecture et votre indulgence. En tout cas, j’ai senti, à travers ce livre, qu’il était temps pour moi d’enfin oser parler de cette expérience et de vous donner cette clé, cette magnifique clé, ce cri d’amour – qui pour moi est une des réponses à toutes les questions que se posait, notamment Nathacha.

Je remercie Nathacha Appanah pour ce livre et d’avoir donné vie, corps à ces deux femmes qui ont été totalement oubliées et qui sont devenues transparentes, invisibles.

Osons. Osons en parler. Osons transmettre. Et osons donner du courage et de l’audace à celles qui doivent se reconstruire et se sortir de ces relations toxiques.


Si vous êtes victime de violences conjugales, appelez le 3919 (numéro d’écoute national gratuit et anonyme).

Encore merci, et à dans quinze jours.

PS : Si vous voulez écouter cet épisode ou le réécouter, vous le pouvez sur votre plateforme préférée (Apple Podcast, Goodpods, Amazon Music, Castbox, Spotify, Deezer, YouTube https://youtu.be/ES0wtuM_yyg…) en tapant « Osez une autre voie ». Bonne écoute !


*vous-m’aime : mon jeu de mot avec « même » que j’utilise pour rappeler l’importance de s’aimer soi-même.

2 réponses

  1. Je découvre et j’applaudis la banque du Crédit Mutuel qui s’est associée avec la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF) afin de permettre aux victimes de violences conjugales de retrouver une indépendance financière et une sécurité.

  2. J’ai découvert en janvier 2026, la cité audacieuse https://citeaudacieuse.fr/ à Paris qui est un tiers lieu dédié au rayonnement des droits des femmes et à la construction d’une société égalitaire. C’est un lieu en lien avec ce livre où les femmes peuvent venir se renseigner, discuter, boire une boisson, lire et s’informer grâce à une bibliothèque (pensez aux dons de livres), où il y a aussi un coin pour les enfants et l’été sa terrasse dans la cour intérieure.

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